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The documentation of AutoPano Pro can be found online at our Wiki. Before posting a question, please check with the manual!

#1 2007-09-03 21:19:12

GURL
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"L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

J'ai encore entendu y'a pas longtemps un prof (de fac!) dire à la radio "L'oeil fonctionne comme un appareil photo."

Mensonge bien pratique, pardonnable (ça a quand même quelque chose à voir) mais qui permet surtout de couper court à un grand nombre de questions embarrassantes...

D'abord il aurait du dire:

- "vos yeux fonctionnent comme deux appareils photos et votre cerveau, à peu près comme APP, en fait une seule image!"
- "et l'erreur de parallaxe ?"
- "ben, heu, c'est à dire que le cerveau se débrouille très bien avec la différence de parallaxe qui dans ce cas n'est pas une erreur mais un avantage. Notez au passage que l'axe de rotation ne passe pas entre les deux yeux mais nettement en arrière: plus gros décalage, meilleure perception du relief."

Ensuite il aurait du ajouter qu'on voit aussi avec les oreilles (http://en.wikipedia.org/wiki/Labyrinth_%28inner_ear%29):
"le labyrinthe de l'oreille interne permet au cerveau de connaître à tout instant l'orientation de la tête (yaw, pitch et roll : un anneau pour chaque!) et de faire en sorte que les images qui n'arrêtent pas de bouger sur le fond de l'oeil nous paraissent parfaitement stables."

En fin il aurait du préciser que seul une toute partie de l'oeil voit net, le reste n'étant capable que de détecter les mouvements. La fovéa, seulement 1% de la rétine, est la seule partie qui puisse distinguer précisément les détails (et les couleurs) et elle transmet à peu près 50% des informations. Il serait donc beaucoup plus exact de dire que l'oeil fonctionne comme un scanner! Les nombreuses études faites sur la manière dont nous lisons l'ont amplement prouvé.

S'il n'y avait pas un lien étroit avec des problèmes qu'on rencontre en faisant des panoramas je ne serais pas en train de parler de tout ça.

Avec Arago qui annonce (en 1839!) "Chacun pourra s'en servir", Kodak qui affirme (avec de bonnes raisons) "Appuyez sur le bouton on s'occupe du reste" et l'oeil qui fonctionne comme un appareil photo, les choses ne sont pas toujours très faciles.

D'abord dans ce cas l'oeil ressemblerait plutôt à un appareil photo équipé d'un fisheye que d'un objectif rectilinéaire: la nature est bien trop économe de ses moyens pour gaspiller des centimètres carrés de rétine pour augmenter de quelques dizaines de degrés la vision périphérique. Il en résulte que tant que nous ne bougeons pas la tête mais seulement les yeux nous avons une vision rectilinéaire (tout ce qui est droit paraît droit.) Dès que nous bougeons un peu la tête nous fabriquons une nouvelle image, elle aussi rectilinéaire, mais qui ne peut pas se raccorder à la précédente. Si on essaye de les raccorder c'est pas possible, les lignes droites ne peuvent pas se raccorder les unes avec les autres, elles forment un angle.

Exemple: vous êtes à mi-hauteur en face d'un gratte-ciel. Si vous levez la tête vous voyez les bords du bâtiment qui se rapprochent l'un de l'autre à mesure que votre regard s'éloigne et c'est pareil vers le bas puisque vous êtes à mi-hauteur. Si vous prenez une série de photos et qu'en rentrant chez vous vous demandez à APP d'en faire un panorama, vous appelez distorsion le fait que les murs du gratte-ciel ne sont pas droits et parallèles. C'est comme ça qu'ils devraient être? désolé mais c'est comme ça qu'ils seraient si vous aviez été à une grande distance du gratte-ciel (et dans ce cas pas besoin de faire un panorama.)

Depuis environs 500 ans (la Renaissance, la perspective classique) les peintres et dessinateurs ont renoncés à représenter plus de choses que ce qui tient sur la toile ou la feuille de papier (l'un et l'autre sont plats.) Quand les photographes s'aventurent en dehors de ce cadre strict il n'est pas surprenant qu'ils rencontrent des difficultés, les appeler distorsions ne résout rien, il faut faire avec. Comme l'a démontré Canaletto, en trichant comme un vénitien sait le faire quand il le faut, c'est possible!

S'cusez, mais ça défoule lol

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#2 2007-09-03 23:29:26

taf
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From: Paaaaaaris !
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

intéressant...


Look. There's a rhythmic ceremonial ritual coming up !

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#3 2007-09-04 00:09:02

fma38
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

Passionnant ! Je n'ai jamais eu de prof qui me parlait comme ça sad Snif !


Frédéric

Canon 20D + 17-40/f4 L USM + 70-200/f4 L USM + 50/f1.4 USM + Tokina 10-17 3.5-4.5 AF DX Fisheye
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#4 2007-09-04 13:10:30

GURL
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From: Grenoble
Registered: 2005-12-06
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

Ma "frustration" est provoquée par des discussions comme celles-ci:
http://forum.autopano.net/t2279-1.4-a3- … or-history
http://forum.autopano.net/t2229-straigh … he-horizon

Elle est aussi due à la manière élitiste dont les maths sont enseignées (par exemple en s'abstenant de dire que le mot "pareil" n'est jamais utilisé en math, qu'on le remplace par toute une série d'autres mots qui dans ce language particulier ont un sens précis qui n'est plus leur sens habituel.)

S'il faut renoncer à la différence entre
- "horizontal sur la photo" (espace plat où horizontal veut dire parallèle à deux des bords de l'image) et "horizontale photographièe" (dans un espace à 3 dimensions où ça désigne toutes les lignes droites d'un plan horizontal, quelque soit leur direction)
- "horizon" et "ligne de crêtes" (horizon et skyline en anglais)
- à appeler par leur nom les 3 axes de rotation qui devraient se couper à l'emplacement du point nodal (non, pupille d'entrée (non NPP))
- à utiliser la notion d'angle de vue puisque les photographes préfèrent celle de focale, à laquelle il sont habitués
... il devient impossible non seulement de dire pourquoi "le panorama est de travers" (distorted) mais aussi comment faire pour arranger les choses.

D'un autre côté les panoramistes ont pris des habitudes qui ne facilitent rien:
- projection plane pour projection rectilinéaire alors que les 3 projections qui sont courament utilisées donnent des images planes (plates?) sur un écran comme sur un mur.
- projection sphérique pour une projection qui n'est qu'une des projections cylindriques possibles (les projections utilisées pour les panoramas sont toutes des projection de la sphére d'assemblage.)
- yaw, pitch, roll ou Teta, Phi pour gauche/droite, haut/bas, en pente vers la gauche/la droite.
(j'ai jamais fait le tour du vocabulaire, y'en a probablement d'autres!)

Ceux qui ont rédigés les traîtés de perspective n'ont pas fait beaucoup mieux: je fais des bonds à chaque fois qu'il est question de perspective à  un, deux ou trois points de fuite alors qu'il y en a toujours un nombre infini (evidents ou pas, ils sont là) mais que la tradition veut qu'on s'abstienne de parler de l'angle de vue.

L'équilibre n'est pas facile à trouver entre "moins on en dit moins on fait fuir les clients" et "mon panorama est déformé, doit y'avoir un bug quelquepart ou ça vient de mon appareil qui n'est pas assez bon?"

Intéressant: que va-t-il se passer avec le capteur d'orientation du Nikon D3 qui devrait permettre s'il est assez précis de redresser l'horizon non seulement quand il penche à gauche ou à droite mais aussi de le remettre à sa place quand les photos on été prises en plongée ou contre plongée ?

yikes c'est dur, la vie d'artiste big_smile

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#5 2007-09-09 23:19:02

jyl
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

Quelques articles récents, factuels et documentés autour de l'oeil et de la vision :
   - L'oeil s'est-il construit pas à pas ? Les dossiers de la recherche, n°27, mai-juin 2007
   - Des films sur la rétine : Pour la science, juin 2007
   - Illusions de couleur : Pour la science, juillet 2007

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#6 2008-04-25 17:14:17

Oliviervallouise
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Posts: 225

Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

GURL wrote:

Avec Arago qui annonce (en 1839!) "Chacun pourra s'en servir"

C'est très cohérent avec la pensée de François Arago. J'ai bien étudié tout ce qu'il a pu dire ou écrire sur les chemins de fer dans les années 1830-1840. Contrairement à ce qu'on lit trop souvent, Arago n'a jamais été au nombre de ceux qui redoutaient les chemins de fer et leurs dangers – y en a-t-il d'ailleurs jamais eu, autrement que pour se donner une posture littéraire ? –, mais bien au contraire au nombre de ceux qui, dès les débuts, on insisté sur la nécessaire appropriation sociale généralisée de cette invention.
Il faut d'ailleurs lire attentivement la fameuse intervention à la Chambre où il met en garde contre les dangers des tunnels : son argumentation est très fine, très intelligente et, somme toute, très actuelle : ce ne sont pas les accidents des tunnels sous la Manche et sous le Mont-Blanc qui viendront démontrer qu'Arago avait tort de s'alarmer… Mais, plus que des tunnels, ce dont il s'agit c'est de savoir si le chemin de fer Paris-Saint-Germain (si mes souvenirs sont bons) doit partir de la Rive Gauche ou de la Rive Droite : dans un cas la gare de départ est dans un quartier aisé, dans l'autre dans un quartier populaire. Arago fait le choix du quartier populaire…
Par ailleurs, dans son Éloge de James Watt, on trouve un plaidoyer en faveur des chemins de fer qui est stupéfiant : alors que seuls circulent les trains entre Saint-Étienne et Lyon, Arago annonce que, sous peu, tout un chacun pourra faire Paris ---> Toulon (pour voir appareiller l'Escadre de la Méditerranée) ---> Bordeaux (pour déguster un bon poisson) ---> Paris (pour revenir à temps pour aller à l'Opéra) dans la journée…

C'était juste une parenthèse d'érudition au cœur de l'érudition Gurlesque… Gurlésienne… Gurlandaise… Gurlienne… va savoir… roll

Olivier

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#7 2008-05-01 12:16:24

GURL
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From: Grenoble
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

[...] tout un chacun pourra [...]

Dans les deux cas, chemin de fer comme photographie, ce chacun était une très audacieuse anticipation...

Pour le chemin de fer (mais pour les hommes seulement) c'est le service militaire qui a assuré la plus large démocratisation !

Pour la photo, la première idée qui m'est venue est qu'il ne donnait vraiment pas à ce mot chacun le même sens que nous: il fallait être entreprenant, disposer d'une somme d'argent non négligeable, être cultivé et adroit de ses mains pour se lancer dans la photo. D'un autre côté le fait que Daguerre se soit intéressé à l'ensemble du procédé (un peu comme aurait pu le faire un industriel) et se soit tourné vers les autorités en place pour demander de l'aide alors que les autres inventeurs (par exemple Fox Talbot, aristocrate et anglais) avaient tendance à n'envisager que l'utilisation personnelle a joué et joue peut-être encore un rôle qui me semble incalculable (chacun pourrait pratiquer le dessin ou la peinture mais fort peu le font.)

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#8 2008-05-01 13:59:11

Oliviervallouise
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From: Vallouise, Hautes-Alpes
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

GURL wrote:

[...] tout un chacun pourra [...]

Dans les deux cas, chemin de fer comme photographie, ce chacun était une très audacieuse anticipation...

Pour le chemin de fer (mais pour les hommes seulement) c'est le service militaire qui a assuré la plus large démocratisation !

Taratata… baliverne !

Tout indique, dans les archives comme dans les sources écrites primaires (articles de journaux de l'époque), que l'appropriation du chemin de fer a été immédiate et massive. Entre Lyon, Saint-Étienne, Andrézieux et Roanne, les trois premières lignes de chemins de fer ouvertes au public en France, sont prises d'assaut tout de suite, sans crainte particulière, avec une ivresse des voyageurs pour la vitesse de déplacement. D'après mes recherches, le premier texte d'un voyageur imprimé est celui d'un commerçant de Genève qui le fait publier dans le Fédéral de Genève mi-1833, puis le Courrier de l'Ain le reprend en totalité le 17 octobre 1833, et enfin les journaux lyonnais partiellement peu après. Le terme qu'utilise ce voyageur anonyme à propos du voyage en chemin de fer est "fashionable" ; ce qui en dit long. Et il décrit bien le mélange des classes sociales qui empruntent les convois soit pour le plaisir, soit pour affaires. Dans les journaux lyonnais et dans les rapports de police, on voit nettement se dessiner la diversité des voyageurs. Une des premières affaires policière est la présence de pickpockets à l'embarcadère de Perrache, qui vont notamment voler le sac de la femme d'un ouvrier lyonnais qui est allé passer la journée à Saint-Étienne avec sa petite fille. On a donc des femmes d'ouvriers qui voyagent seules pour le plaisir…

L'affirmation que tu reprends est classique, mais elle se base sur une mauvaise conception historique : celle qui pense qu'avant le chemin de fer tout est figé, enfermé dans sa petite campagne ; et que le chemin de fer créé, petit à petit, un mouvement qui va aller grandissant.

Or là encore, c'est l'exact contraire : les campagnes bougent sans cesse, les mouvements des paysans sont incessants, à courte, moyenne ou longue distance. Les informations circulent vite, les marchandises voyagent loin à travers la France et en Europe. Dès avant l'arrivée - bien avant même… - du chemin de fer, les journaux bruissent de toutes les inventions qui permettent d'accélérer la vitesse des diligences, des bateaux à vapeur qui naviguent sur les rivières ou des bateaux à voiles sur les mers. Dans les montagnes, cela fait des siècles que le voyage s'est « démocratisé » : dans le Haut-Verdon, tout un chacun va vaquer à ses affaires à Aix, en deux ou trois jours de voyage à dos de mulet ou à cheval, par exemple.

Le chemin de fer vient amplifier une réalité, la nécessité du déplacement rapide ; il ne l'invente pas, pas plus qu'il ne le démocratise.

Pour la photographie, la pensée d'Arago n'est pas audacieuse, ni même en avance. En voulant que l'État achète l'invention, il montre bien quelle est sa pensée : une appropriation massive de cette technique. Après, qu'Arago se trompe sur les effets d'échelle qui permettent effectivement la diffusion technique de la photographie pour tout un chacun, c'est possible.

Mais, autant que faire se peut, il faut se garder de vouloir à tout prix créer une distance entre les siècles passés et nous : nous sommes très proches dans nos façons de penser et de percevoir le monde. En lisant Arago, on en ressort convaincu qu'il n'aurait pas été dépaysé en vivant aujourd'hui, avec un ordinateur et internet… sa pensée est très proche de la notre, et ses pratiques aussi.

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#9 2008-05-01 14:49:41

Oliviervallouise
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

Et pour apporter deux dernières précisions : les identités des morts lors des premiers accidents permettent de comprendre que, dès son invention, le chemin de fer est emprunté par toutes les classes de la population, hommes et femmes mélangés. Enfin tu as, bien avant le service militaire, aussi bien chronologiquement que numériquement, deux phénomènes populaires massifs - bien plus que le service militaire - qui profitent de l'établissement d'un chemin de fer localement et qui se trouvent amplifiés en retour par l'extension continue du réseau ferré :

1. les fêtes du dimanche et, plus généralement, le jour de repos qu'il constitue. C'est très net, dès l'ouverture des lignes de Paris à Saint-Germain et à Versailles par exemple. De ce point de vue, les caricatures de Daumier sont fidèles à ce que livrent les archives : les pics de fréquentation ont toujours lieu le dimanche avec des dizaines de trains supplémentaires mis en marche sur toutes les lignes sur des distances courtes ou moyennes.

2. L'accroissement des apparitions mariales tout au long du XIXe siècle, avec le développement des pèlerinages locaux, régionaux et nationaux qui font le déplacement en chemin de fer. Là encore toutes les classes sociales voyagent, hommes comme femmes.

Last edited by Oliviervallouise (2008-05-01 14:50:43)

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#10 2008-05-01 23:45:41

fma38
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

Ah, si j'avais eu des profs d'histoire comme toi...

Last edited by fma38 (2008-05-01 23:48:25)


Frédéric

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#11 2008-05-07 14:27:45

GURL
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

Olivier nous dit que comme il y avait déjà beaucoup de gens qui avaient l'habitude de voyager on a très vite utilisé le chemin de fer.

Pour la photo, à part la très notable exception des portraits et un peu plus tard celle les vues stéréoscopiques, il a fallu attendre presque un siècle pour que chacun en profite réellement:
- il était difficile de diffuser des photos, les tirer en grand nombre sur papier argentique était peu praticable
- les livres et les journaux ne pouvaient les reproduire que sous forme de dessins
- même si nous attachons beaucoup d'importance à ce qu'ils nous ont laissé, les amateurs étaient extrêmement peu nombreux
- l'essentiel des photos était réalisé par des artisans (presque exclusivement des portraits) et quelques autres rares spécialistes.

Actuellement à peu près 90% des français et françaises adultes disent avoir déjà fait des photos, il est presque inévitable d'acheter un appareil photo en même temps qu'un téléphone.

Il en découle que la photo a du s'adapter pour pas nécessiter d'apprentissage (autrement dit qu'il doit suffire de regarder faire les autres pour savoir photographier, comme ça a été le cas pour le chemin de fer, le téléphone, la télé et les ordinateurs ...mais pas l'automobile.) Et ça marche plutôt bien quand il s'agit de faire les photos que tout le monde fait. Les fabriquants de matériel n'ont pas d'autre choix que d'en tenir compte au maximum ( smile même les fabricants de logiciels s'y essaient!)

Le sujet de ce fil part d'une question que je me pose souvent sans y trouver de réponse valable, celle de savoir si regarder faire les autres peut suffire quand on essaye de sortir du domaine habituel de la photo (et qu'il ne s'agit pas de photos scientifiques, auquel cas un apprentissage semble aller de soi.)

Les photos normales dépassent rarement 90°, les écarts de luminosité y sont très limités, elles sont toujours prises à partir d'un point de vue unique. On ne s'en aperçoit (pas toujours, et c'est une bonne partie de la question) que quand on cherche à faire des images qui ne respectent pas ces règles. Je constate que beaucoup de ceux qui entreprennent de réaliser des images contraires aux habitudes, par exemple de montrer en même temps "ce qu'il y a devant et ce qu'il y a derrière" sont surpris de rencontrer des difficultés alors que c'est une chose tellement impossible et tellement contraire aux habitudes que les traités de perspective ne prennent même pas la peine d'en parler.

Last edited by GURL (2008-05-07 14:32:00)

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#12 2008-05-08 02:06:28

Oliviervallouise
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Re: "L'oeil c'est comme un appareil photo": le prof vous a menti!

Le 12 décembre 1897 – soit 58 ans après l'annonce de l'invention de Daguerre par Arago devant l'Académie des Sciences - le maire de Briançon, M. Vagnat s'émeut devant son conseil municipal de la triste situation faite à madame Veuve Ravat, commerçante de la ville, dont l'autorité militaire a fait saisir toutes les plaques de verre montrant de près ou de loin un bout des forts construits sur la frontière des Alpes. Ces plaques de verres, la veuve Ravat ne les collectionnait pas pour elle même ; elle fabriquait des cartes postales qui se vendaient comme des petits pains aux touristes de passage, alimentant le commerce local. Le maire ajoute, dans sa défense de la veuve Ravat et de l'avenir commercial de sa cité, qu'interdire la photographie dans un rayon de 10 km autour des forts revient à interdire la présence des touristes dont tout le monde sait que chacun « se double d'un photographe » et qu'il s'agit, au bout du compte, « d'interdire aux touristes l'accès des vallées briançonnaises et de l'Ubaye […] ce qui serait pour le tourisme dans nos régions la mort sans phrase. »

L'affaire remonte jusqu'au journaux nationaux et au Ministre de la Guerre qui fait une mise au point ferme pour rappeler qu'une photographie est assimilable à un lever topographique car il suffit de plusieurs vues sous des angles différents pour obtenir la projection horizontale d'un ouvrage. (Ce en quoi le Ministre se trompe car les espions italiens n'ont aucun besoin de photographier les forts français : ils se font embaucher comme maçons et ont ainsi un accès direct aux plans ; ce que font aussi les espions français, en se faisant embaucher comme maçons sur les chantiers italiens. En 1912, le commandement Français connaîtra ainsi tout ou presque du système de transmission et de l'alimentation électrique du Fort du Chaberton pour avoir réussi à embaucher un habitant des anciennes vallées françaises outremont, encore fidèle à la France…)

Mais le maire de Briançon, fin politique, a pris les devants lors de son petit discours de décembre 1897, en rappelant que les meilleurs clichés des forts français se vendent comme des petits pains à Turin, sous la forme de cartes postales prises par des photographes italiens…

Le 14 mars 1900, Auguste Schotsmans, minotier résidant rue Vauban, n°9, à Lille, est surpris avec ses compagnons par le maréchal des logis Tardieu alors qu'il prend des vues photographiques de la citadelle d'Entrevaux. Est-ce un espion se demande le gendarme dans son rapport ? C'est qu'il commence à se méfier, le brave homme, de toutes ces personnes affublées de cartes de l'État-Major et d'appareils photographiques Eastmann-Kodak qui se répandent comme une traînée de poudre depuis 1888 : ils se présentent comme touristes, mais rien ne saurait les distinguer d'espions à la solde de l'Italie…

Tel jour, c'est un curé français en vacances qui s'aventure quelques pas trop loin au Col de Larche, affublé d'un appareil photo. Il est aussitôt arrêté par les douaniers italiens et soupçonné d'espionnage. Les journaux français s'offusquent qu'on importune un tranquille vacancier photographiant les alpages sans trace du moindre fortin militaire. Mais aux yeux des italiens, c'est peut-être là l'information capitale qui manque à l'État-Major ennemi : ce sera donc un redoutable espion, jusqu'à preuve du contraire…

Fin juin 1901, Jean Lauzi, Ceiso Consonni et Gino Franciolini, font une conférence à Saint-André sur le tour du Monde qu'ils entreprennent. Ils remettent leur carte de visite imprimée autour d'une photographie et mise au format carte postale, aux spectateurs qui en font la demande. Parmi eux, le Commissaire de la Sûreté Générale de Castellane qui les soupçonne d'être des espions travaillant pour l'Italie et surveillant l'avancement du chantier du Chemin de Fer de Provence où une grève vient d'éclater… Le Commissaire consigne soigneusement cette carte-postale-carte de visite dans son dossier de surveillance.

Des rapports de ce genre, il y en a des dizaines, des centaines, qui dorment dans les archives des départements frontaliers. Pour ma part, j'ai passé des heures à me bidonner en lisant ceux des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence. Ils disent deux choses : 1. le soupçon généralisé qui domine dans l'esprit des gendarmes en poste sur les frontières ; 2. la présence systématique d'un appareil photo dans les mains des personnes contrôlées ou surveillées à distance.

Certes, tout le monde ne possède pas d'appareil photo à la fin du XIXe siècle, mais c'est tout de même une technique répandue dans certains milieux ; et la relative limitation de la diffusion de l'appareil photo en lui-même est palliée par l'extraordinaire diffusion de la carte postale dès le milieu de la décennie 1890.

Le meilleur exemple me semble être celui ci : durant l'hiver 1910-11, l'aspirant médecin Charles Crozat monte au Fort de l'Olive pour y hiverner. Il n'a pas grand chose à faire. Alors il va faire deux choses : du ski avec le lieutenant dans le Massif des Cerces, ce qui leur vaudra de battre à plate couture les chasseurs alpins qui s'entraînent au Montgenèvre en faisant des virages grâcieux sur des pentes douces là où Crozat et les siens font du ski en pleine montagne ; de la photographie qu'il développe sur place et qu'il tire sur du papier argentique au format carte postale, dont le dos est imprimé comme un carte postale… Ce qui fait que Crozat va passer son hiver à « développer-imprimer » des cartes postales pour les militaires du fort… dont certaines nous sont parvenues…

Ce n'est pas 100 ans qu'il faut attendre, c'est à peine plus de 50 pour que la photographie soit présente partout et accessible à tous sous la forme de la carte postale…

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